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Des chefs de file musulmans condamnent la mosquée de Ground Zero, un «complot sioniste»

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Post de Veille

Translation of the original text: Top Muslims Condemn Ground Zero Mosque as a ‘Zionist Conspiracy’

Dans un article récent, j’ai fait valoir que la mosquée «Ground Zero» est contre-productive pour l’islam. Le lendemain (le 5 août), le journal égyptien Al Masry Al Youm rapportait qu’Al Azhar – l’une des plus hautes autorités de l’islam sunnite – est du même avis. Ma traduction de l’extrait pertinent :

Un certain nombre d’oulémas d’Al Azhar ont exprimé leur opposition à la construction d’une mosquée près du site des événements du 11 septembre; ils sont persuadés qu’il s’agit d’«un complot visant à confirmer un lien entre les attaques du 11-Septembre et l’islam». Le Dr ‘Abd al-Mu’ti Bayumi, membre de l’Académie de recherche islamique d’Al-Azhar, a déclaré au Al Masry Al Youm qu’il condamne la construction de toute mosquée dans le secteur de Ground Zero parce que la mentalité « sournoise » souhaite établir un lien entre le 11-Septembre et l’islam, même si l’islam est innocent. Il s’agit plutôt d’un «complot sioniste» en vue de nuire à l’islam. Le Dr Amna Nazir, professeure de doctrine et de philosophie à Al-Azhar, a également exprimé son opposition à la construction d’une mosquée à proximité du World Trade Center. Elle a déclaré : « Quand bien même on voudrait se fermer les yeux et présumer la bonne foi, la construction d’une mosquée sur ces décombres témoigne d’une intention malveillante. J’espère qu’il s’agit d’une démarche sincère, et non pas d’un nouveau complot contre l’islam et les musulmans. »

Sauf pour ce qui concerne l’accusation éculée de «complot sioniste», Al Azhar a raison: entre l’attention négative des médias et les liens subliminaux avec le 11-Septembre, la mosquée du « 11-Septembre » a de fortes chances de se retourner contre l’islam. Beaucoup d’autres musulmans sont de cet avis. Le fait qu’Al Azhar parle d’un «complot sioniste» – une appellation habituellement réservée aux actes particulièrement odieux attribués à des musulmans, tels que les attaques du 11-Septembre – révèle à quel point le projet de mosquée doit leur paraître absurde.

À moins d’accuser Al Azhar de feindre la désapprobation, il faut garder à l’esprit que sa réaction n’est pas un produit de sa sensibilité envers les États-Unis ou de sa volonté de coexistence pacifique avec ce pays (ce qui serait suspect). En effet, le Dr Bayumi défend ouvertement le djihad suicidaire: « Je dis en toute honnêteté que nous recrutons les peuples musulmans et leur inculquons l’esprit du vrai djihad, soit l’esprit de la mort pour l’amour d’Allah, de notre foi, et de la Mosquée Al-Aqsa. »

Voici la question: si les savants d’Al Azhar réalisent pleinement à quel point l’érection d’une mosquée du 11-Septembre peut être préjudiciable, pourquoi les musulmans américains (comme la Cordoba Initiative) poursuivent-ils ce projet sans relâche ? Je crois que cela tient en grande partie à la différence de mentalités entre les musulmans occidentaux et les musulmans du Moyen-Orient (les « natifs »). Ces derniers, qui ont peu d’expérience de l’Occident, ne peuvent tout simplement pas croire que des musulmans seraient assez téméraires pour faire un affront aussi évident à leur pays hôte. Autrement dit, ils ne peuvent pas croire qu’une nation non-musulmane tolèrerait pareille arrogance. Habituée à voir et à traiter les « infidèles » comme des citoyens de seconde classe, la mentalité musulmane (des « natifs ») s’attend naturellement à la réciprocité en sol infidèle.

Les musulmans occidentalisés, pour leur part, ont appris qu’ils peuvent s’en tirer avec presque n’importe quoi – pour autant qu’ils accolent les mots «tolérance», «pluralisme», «dialogue» ou «effort de rapprochement» à leurs projets, comme le font régulièrement les promoteurs de la mosquée du 11-Septembre. En bref, plus un musulman connaît l’Occident, plus son islamisme est agressif, et vice versa.

En outre, les édifices religieux sont considérés comme des symboles de suprématie par de nombreux musulmans, d’où l’omniprésence des mosquées dans le monde musulman alors que les églises y sont presque interdites, et le sont totalement dans certains pays musulmans. C’est précisément à cause de ces vues bien ancrées sur l’importance des édifices religieux qu’Al Azhar est convaincu qu’aucun musulman sain d’esprit ne poursuivrait résolument la construction d’une mosquée du 11-Septembre, y voyant plutôt «un nouveau complot contre l’islam et les musulmans.»

D’ailleurs, comment peut-on interpréter le soutien du président Barrack Hussein Obama à la mosquée du 11-Septembre ? Il a certainement passé suffisamment de temps dans le monde musulman, où il a grandi, pour avoir une meilleure compréhension que l’Américain moyen de la mentalité musulmane, y compris sa vision des édifices religieux comme symboles de suprématie. Au lieu de soutenir ce projet, Obama, plus que tout autre président américain, devrait comprendre le message triomphaliste qu’une méga-mosquée si près de Ground Zero transmettra aux islamistes.

De toute façon, le risque que la mosquée du 11-Septembre se retourne contre l’islam continue de croître, d’autant plus qu’Obama est intervenu dans le débat, même s’il a ensuite tenté de faire marche arrière. À l’heure où près de 70 pour cent des Américains s’opposent déjà au projet de mosquée, l’attention soutenue des médias ainsi que des manifestations le 11 septembre pourraient bien contribuer à la réalisation des pires craintes d’Al Azhar, à savoir que la mosquée du 11-Septembre sera un rappel permanent d’un « lien évident entre les attaques du 11-Septembre et l’islam. » (Voir les musulmans fêter le 11 septembre prochain dans le cadre de l’Aïd al-Fitr n’aidera pas non plus).

En conclusion, si elle est construite, la mosquée sera un triomphe islamiste. Toutefois, au rythme où vont les choses – cette question sera un sujet chaud dans le cadre des prochaines élections – l’érection d’une méga-mosquée à proximité de Ground Zero pourrait s’avérer n’être qu’une victoire symbolique à la Pyrrhus, et ce, tant pour les islamistes que pour leurs partisans politiques.